Le groupe de parole a été le tournant. Entendre d'autres personnes décrire exactement ce que je vivais, ça m'a enlevé la honte. Et sans la honte, on peut enfin travailler.
Aucun de ces récits n'est linéaire. Il y a eu des rechutes, des mois perdus, des retours en arrière. C'est précisément ce qui les rend utiles : ils ne racontent pas des miracles, ils racontent un travail.
« J'ai commencé à 24 ans, presque par hasard, dans un contexte festif. Pendant longtemps, je me suis dit que je gérais : j'avais un travail, un salaire, un appartement. C'est ça le piège — tant qu'il reste quelque chose debout, on se persuade que tout va bien.
Ce qui est parti en premier, c'est le travail. Pas d'un coup : des retards, des absences, des explications de moins en moins crédibles. Ensuite ma femme est partie avec les enfants. Là encore, j'ai trouvé le moyen de me convaincre que c'était elle le problème.
J'ai appelé le centre un mardi matin, après une nuit que je ne raconterai pas. Ce que je craignais, c'était le jugement — qu'on me demande combien, depuis quand, pourquoi je n'avais pas appelé avant. On m'a simplement demandé si je pouvais venir le lendemain. Sept minutes.
Le sevrage a été dur, mais pas comme je l'imaginais : j'avais peur de la douleur physique, et le plus dur a été le vide. Quand vous retirez le produit, il reste toutes les heures de la journée à remplir, et toutes les raisons qui vous faisaient consommer, intactes.
J'ai rechuté au bout de quatre mois. J'ai cru que c'était fini, que je n'oserais plus jamais revenir. J'y suis retourné parce que le psychologue m'avait dit une phrase que je n'avais pas comprise sur le moment : "si vous rechutez, revenez ; c'est prévu". C'était vrai.
Aujourd'hui je travaille, je revois mes enfants, et je vais encore au groupe une fois par mois. Je ne dis pas que je suis guéri, je dis que je vais bien. Ce n'est pas la même chose, et ça me suffit. »
La dépendance ne concerne jamais une seule personne. Ces récits viennent de tous les côtés de la même histoire.
Le groupe de parole a été le tournant. Entendre d'autres personnes décrire exactement ce que je vivais, ça m'a enlevé la honte. Et sans la honte, on peut enfin travailler.
Pendant deux ans, j'ai cru que c'était de ma faute. On m'a expliqué la maladie, on m'a appris quoi dire et quoi ne plus dire. J'ai récupéré mon fils, mais j'ai aussi récupéré ma propre vie.
Ce qui m'a aidé, c'est qu'on ne m'a jamais parlé comme à un délinquant. J'avais passé des années à me faire traiter de bon à rien — y compris par moi-même.
J'avais trois élèves en difficulté et aucune idée de quoi faire. Après la formation, j'ai su à qui parler, dans quel ordre, et surtout comment aborder l'élève sans le braquer. Deux d'entre eux sont suivis aujourd'hui.
On m'avait conseillé de partir. Je suis restée, mais différemment : j'ai arrêté de payer ses dettes et de mentir à sa place. C'est ce jour-là qu'il a accepté de venir.
On gérait ces situations en licenciant. La formation nous a montré qu'on perdait des salariés compétents pour rien. Deux personnes accompagnées, deux personnes toujours en poste.
Presque tous décrivent le premier appel comme l'obstacle majeur — et presque tous disent, après coup, qu'il a été plus simple qu'imaginé.
Le moment le plus souvent cité comme décisif n'est pas une consultation, mais la première séance de groupe — celle où la honte cesse d'être solitaire.
Une majorité des personnes rétablies durablement ont connu au moins une rechute. Ce qui les distingue, c'est d'être revenues.
Un emploi, une formation, une activité, une place dans une famille. Ceux qui sortent sans rien à faire de leurs journées sont ceux qui rechutent le plus.
Si vous avez été accompagné ici, ou si vous êtes un proche, votre témoignage a une valeur qu'aucun discours institutionnel n'aura jamais. Vous restez maître de ce qui est publié.
Le vôtre peut commencer aujourd'hui. Vous n'avez rien à préparer.